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C - Modèle théorique des processus émotionnels

[ NB : Textes provisoires. Niveau de rédaction du sous-chapitre : 3 / 5 ]

a - Genèse des émotions

La genèse des processus dits "émotionnels" s'inscrit dans un cadre plus général, qui est celui du traitement de l'information.
(voir les chapitres "Caractéristiques structuro-fonctionnelles du système nerveux" et "Définition d'un modèle intégratif du traitement de l'information").

Ce qui est appelé "émotion" correspondrait à des processus de traitement de l'information, mais spécifiques à certaines structures, dites limbiques, qui de par leurs caractéristiques anatomo-fonctionnelles particulières, induiraient indirectement au niveau de la conscience une perception subjective bien particulière de l'état du corps.

La genèse des émotions se ferait au cours des premiers mois après la naissance, suivant le schéma hypothétique suivant :

Figure A4.3-PE-C : Genèse des émotions réduit

· Dans certains cas, les particularités du contexte environnemental ou de la situation en cours induiraient une activation significative de certaines structures limbiques.
( Partie 1, figure A4.3-PE-C : Genèse des émotions )

· Cette activation des structures limbiques se ferait sous l'effet soit de l'activité interne du système nerveux central (électrogenèse endogène, générateur de pattern centraux, réseaux réverbérants, ...) soit sous l'effet de stimuli d'origine interne ou externe à l'organisme.
( Encart 1a, figure A4.3-PE-C : Genèse des émotions )

· Cette activation des structures limbiques aurait deux caractéristiques principales :
( Encart 1b, figure A4.3-PE-C : Genèse des émotions )

– Elle serait significative, c'est-à-dire que l'activation limbique serait importante relativement aux autres structures cérébrales (néocorticales, striatales, du tronc cérébral et médullaires).

– Cette activation ne pourrait se réaliser, en raison de contraintes structurelles, que sous la forme de quelques patterns d'activité, limités et caractéristiques.

· L'activation significative de ces structures limbiques produirait initialement, au niveau du corps :
( Encart 1c, figure A4.3-PE-C : Genèse des émotions )

– Des réactions motrices : modification du tonus musculaire, contraction ou relâchement des muscles faciaux (induisant une modification de l'expression faciale), modification de l'activité motrice en cours, ...

– Des réactions autonomes : modification du rythme cardiaque et respiratoire, de la pression artérielle, des sécrétions endocrines et exocrines, ...

· Les structures limbiques ayant également des projections vers les régions néocorticales, l'activation devrait produire directement des effets au niveau des processus neuraux les plus élaborés : modification des caractéristiques volitionnelles, attentionnelles, ... ou bien aurait un effet globalement inhibiteur de l'activité néocorticale.
(À noter qu'en l'absence de données fonctionnelles empiriques, cette dernière hypothèse reste spéculative.)
( Encart 1c', figure A4.3-PE-C : Genèse des émotions )

· Les réactions motrices, et plus particulièrement les réactions autonomes, produiraient, entres autres, des modifications endocriniennes, métaboliques et conformationnelles de certains tissus et organes de l'organisme.
Ces modifications activeraient, directement et indirectement, les différents types de récepteurs somatiques, induisant ainsi diverses sensations somatosensorielles.
( Encart 1d, figure A4.3-PE-C : Genèse des émotions )

- Remarques :

– Chaque pattern d'activité des structure limbiques induirait un pattern spécifique et caractéristique de sensations somesthésiques.

– Ainsi, chaque type d'activation des structures limbiques serait associé à un type de sensations somatosensorielles.

· Ces sensations somatosensorielles seraient consciemment perçues au niveau des aires insulaires et somatosensorielle SII, processus qui rendrait compte de la perception subjective d'une sensation affective.
( Encart 1e, figure A4.3-PE-C : Genèse des émotions )

· Au niveau des structures corticales, les sensations somesthésiques seraient traités par des processus cognitifs élaborés : abstraction, catégorisation, signification, mémorisation et association avec les caractéristiques de la situation inductrice. Ces processus rendraient compte, entres autres, de la perception subjective de sensations affectives distinctes les unes des autres et ayant une signification pour l'individu.
( Encart 1f, figure A4.3-PE-C : Genèse des émotions )

· Au cours du temps, la répétition de situations, d'activations limbiques et de sensations somatosensorielles relativement similaires entraînerait l'apprentissage, la catégorisation et la perception d'émotions bien distinctes. À noter que cet aspect temporel d'apprentissage, par répétition de situations similaires, serait déterminant dans la genèse de la perception consciente de sensations émotionnelles distinctes.
( Parties 2, 3 & n ; figure A4.3-PE-C : Genèse des émotions )

- Il faudrait environ deux à trois ans après la naissance pour l'élaboration et l'apprentissage des émotions de base, et toute la période de l'enfance et de l'adolescence pour les émotions secondaires.

Définition de l'émotion

En fonction de la modélisation décrite ci-dessus, il est proposé la définition suivante d'une "émotion" :

Une sensation émotionnelle ("émotion") correspondrait à une perception consciente d'un état somatique particulier, produit par l'activation, isolément et/ou en réseaux, de structures "limbiques" spécifiques.

Remarques complémentaires

Les "émotions" seraient produites au niveau "limbique", mais ce qui en serait subjectivement perçu au niveau cortical résulterait d'un effet périphérique au niveau du corps.

Les sensations émotionnelles auraient leur origine dans le fait que certaines activités du système nerveux produisent des modifications physiologiques suffisamment importantes et spécifiques pour être perçues au niveau conscient par le système somatosensoriel. On pourrait donc supposer que les autres activités du système nerveux (corticales ou médullaires) n'ayant pas d'implications somatiques suffisantes, restent soit inconscientes (exemple de la régulation artérielle) soit restent sans effet "affectif" (exemple de la vision et de l'imagerie visuelle).

Au niveau subjectif, l'individu adulte exposée à une situation génératrice d'une émotion ne percevrait pas consciemment le traitement limbique et cortical, mais ne percevrait que les effets périphériques (effets périphériques actuels produit par l'émotion en cours et rappel mnésique des sensations des effets périphériques mémorisés au cours de vécus antérieurs d'émotions similaires).

Ainsi, il semblerait que les émotions, perçues par l'adulte en terme de sensations subjectives bien caractéristiques et unitaires, soient la résultante au cours du développement d'un apprentissage associant et catégorisant contexte, traitement central et sensations périphériques.

Après apprentissage d'une émotion, la nouvelle exposition à un contexte générateur de cette émotion entraînerait simultanément le traitement limbique des caractéristiques de la situation et le rappel des sensations subjectives passées associées à cette émotion. Puis les effets périphériques du traitement limbique actuel seraient associés et mémorisés, réactualisant ainsi la représentation mnésique de cette émotion. Par ces processus, la représentation subjective de chaque émotion serait dynamique et idiosyncrasique, propre au vécu singulier de chaque individu.

Sentiments émotionnels

Les sentiments émotionnels correspondraient à l'amitié, l'amour, la camaraderie, l'amour filial, etc.
Les sentiments émotionnels n'existeraient pas à la naissance, mais seraient acquis au cours du développement.

Les sentiments émotionnels correspondraient à des émotions atténuées, et sous-tendus principalement par des processus cognitifs.

Il semblerait que le facteur d'émergence des sentiments émotionnels soit l'existence de contextes différents les uns des autres (Le contraste entre différents contextes proviendrait de l'existence de caractéristiques saillantes et d'éléments de régularité). Chaque contexte provoquerait des réactions émotionnelles et cognitives propres et distinctes. Au cours du temps et de la répétition de ces situations et des sensations évoquées, se différencierait des sentiments émotionnels distincts.

C'est la régularité et la répétition de vécus différents, induits par des contextes également différents qui permettrait l'émergence des sentiments émotionnels.

Les sentiments émotionnels, tout comme les émotions, résulteraient d'un apprentissage, induit par les caractéristiques du contexte, ainsi que par les spécificités des processus cognitifs.

b - Dynamique générale des processus émotionnels

b.1 - "Émotions" & "cœur fonctionnel"

Il semblerait que la dynamique du psychisme humain s'articule principalement autour des structures dites "limbiques", qui constitueraient le "cœur" fonctionnel des processus cérébraux, et tout particulièrement des processus dits "émotionnels".

Quel que soit le degré d'évolution du système nerveux central d'un mammifère, il semble que les processus du système limbique soient prépondérants.

Par exemple, il semblerait qu'un être humain, bien que très corticalisé, ressente toujours de la peur, et que cette peur aura une influence non négligeable sur son comportement et sa dynamique psychique. Le néocortex ne modifiera pas ce processus, il pourra seulement le moduler, en augmentant ou diminuant le niveau de peur, ou en rajoutant des facteurs cognitifs inducteur de peur (peur des radiations atomiques par exemple).

Neurobiologiquement, la prépondérance d'un état émotionnel correspondrait à la prédominance fonctionnelle (état d'hyper-réactivité) d'une ou de plusieurs structures ou réseaux de structures limbiques.

remarques

La prédominance fonctionnelle des structures limbiques dépendrait, dans une analyse phylogénétique, de l'architecture générale du système nerveux mammalien. Chez les primates, le néocortex est un développement d'une région qui fait partie d'une structure fonctionnelle plus globale, le système nerveux central, qui est similaire chez tous les mammifères.
Il semblerait que l'important développement néocortical des primates n'ait pas modifié le fonctionnement global du système nerveux mammalien ; la seule modification notable concernerait les processus pris en charge par le néocortex qui seraient devenus plus complexes et plus élaborés.

Données cliniques

Certains patients cérébro-lésés, suite à des accidents vasculaires ou traumatiques, présentent des pathologies où les processus émotionnels sont "dissociés" des autres processus neuraux.

D'après ces données cliniques, il semblerait que l'absence fonctionnelle des processus émotionnels produirait des modifications importantes du comportement.

Ces observations de dissociations démontreraient l'importance fondamentale des processus émotionnels dans la dynamique psychologique normale de l'être humain.

b.2 - Prépondérance fonctionnelle des émotions & pathologie

La prépondérance fonctionnelle des processus émotionnels, normale, est par contre pathologique lorsque cette prédominance devient intense et permanente.

L'origine de la permanence d'un état d'hyper-réactivité des structures limbiques pourrait provenir des mécanismes de facilitation ou de potentialisation synaptique, ou d'autres mécanismes encore mal connus. Ces mécanismes seraient activés au cours des expériences traumatiques.

La prépondérance fonctionnelle permanente des structures limbiques, pathologique, pourrait entraîner des activations chroniques de certaines régions diencéphaliques ou mésencéphalique et/ou un blocage de l'activité cognitive.

Lorsque ces structures limbiques sont actives de façon chronique et intense, elles provoqueraient :

– Des affects envahissant (souffrance psychique) qui perturbent le sujet.

– Des effets et des maladies psychosomatiques.
(exemple du stress chronique, avec perturbation de l'axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien)

– Des réponses comportementales approximatives ou mal adaptées, fréquemment incompatibles avec la socialisation.

– Une altération de la relation au monde.

b.3 - Émotions & comportements

Certaines émotions (douleur, haine, peur, frustration, …) seraient un facteur majeur inducteur de l'agression.

b.4 - Hypothèses spéculatives

Hypothèse spéculative : Chez les espèces inférieures de mammifères, le traitement limbique de la situation en cours produirait l'expression comportementale d'une émotion, mais du fait d'un moindre développement de la structure néocorticale, la perception consciente de la sensation émotionnelle n'existerait pas.
Un rongeur et un primate hominoïde manifesteraient par exemple la peur par des réactions comportementales similaires, bien que leurs perceptions internes seraient très différentes. Le rongeur exprimerait des comportements émotionnels, mais ne ressentirait aucune émotion.

Hypothèse spéculative : Les sensations émotionnelles perçues au niveau conscient pourraient avoir par la suite un effet (de type rétroactif) sur le traitement de l'information.
Par exemple, des comportements d'évitement induits initialement par une douleur très vive, ont-ils comme origine des processus de bas niveaux (processus de conditionnement, agissant directement sur le système moteur extrapyramidal) ou bien des processus néocorticaux rétroactifs (souvenir de la douleur, et élaboration d'une stratégie d'évitement) ?
( Encart 1g, figure A4.3-PE-C : Genèse des émotions )

Par rapport à l'hypothèse de la "rétroaction fonctionnelle", l'état somatique produit par des structures "limbiques" correspondrait à l'effet d'une première activité et la perception subjective de cet état somatique à l'effet en retour de l'effet initial.
On pourrait même envisager des boucles successives et récursives de "rétroaction fonctionnelle", dans la mesure où la perception consciente d'un état somatique, c'est-à-dire la perception d'une émotion, qui est l'effet d'un effet, peut à son tour modifier la dynamique cérébrale. La perception d'une émotion, aversive ou appétitive, modifie l'activité en cours. L'effet d'un effet semble induire à son tour un autre effet !


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