B - Définition : "Santé" / "Maladie"

[ NB : Textes provisoires. Niveau de rédaction du sous-chapitre : 2 / 5 ]

Résumé introductif

Définitions psychobiologiques

– Pathologie : aspect objectif :

1. Science des causes, des symptômes et de l'évolution des maladies.

2. Ensemble des manifestations d'une maladie, des effets morbides qu'elle entraîne.

– Maladie : aspect objectif : dysfonctionnement d'un processus psychobiologique, en référence à des fonctions physiologiques théoriques, modélisées à partir des principes fondamentaux des systèmes biologiques.

– Psychopathologie : aspect objectif : définition provisoire : maladie du psychisme, c'est-à-dire altération des processus conscients les plus complexes.

– Hypocondrie : aspect subjectif : Sens supplémentaire au sens courant : tendance à percevoir comme pathologique des états de santé.

Objectif

L'objectif de ce chapitre est de rechercher une définition psychobiologique de l'état dit de "maladie", en particulier pour les processus psychiques (psychopathologie), et qui serait, en l'état actuel des connaissances, la moins subjective et approximative possible.

a - Problématique centrale

Qu'est-ce objectivement qu'un état de "santé" ou de "maladie" ?

Quelles seraient les caractéristiques spécifiques de l'état dit de "maladie" ?

a - Perception actuelle

Dénotation des substantifs relatifs à la pathologie

Les définitions actuelles des concepts relatifs aux états de "maladie" et de "santé" sont donnés ci-dessous :

– Pathologie : Science qui a pour objet l'étude des maladies, des effets qu'elles provoquent (lésions, troubles).

– Pathologique : 1- Relatif à la pathologie. 2- Relatif à l'état de maladie ; qui dénote un mauvais état de santé; qui s'écarte du type normal d'un organe ou d'une fonction.

– Maladie : Altération organique ou fonctionnelle considérée dans son évolution, et comme une entité définissable. 2- Habitude, comportement anormal, excessif.

– Santé : "État caractérisé non seulement comme l'absence de maladie mais comme un état de complet bien-être physique et moral."

– Psychopathologie : Étude des troubles mentaux . Science des souffrances de l'esprit .

Synthèse

Il semblerait, d'après l'étude des définitions des termes appartenant au champ sémantique du concept de "maladie", que la dénotation habituelle de ce concept serait : "qui s'écarte du type normal" ou "altération d'un organe ou d'une fonction".

La première définition, "qui s'écarte du type normal", fait plutôt référence à des critères de normalité statistique. La seconde définition, "altération d'un organe ou d'une fonction", fait plutôt référence à des critères de normalité biologique.

b - Données biologiques

D'après les connaissances physiologiques actuelles, il semblerait que le phénomène fondamental de l'état de "maladie" soit l'altération d'un mécanisme ou d'un processus biologique.

Cette définition biologique correspondrait à la seconde définition habituelle du concept de maladie, celle de l' «altération d'un organe ou d'une fonction».

g - Recensement des problèmes

En fonction des différentes définitions présentées ci-dessus, les problèmes relatifs à une définition la plus objective possible de l'état de "maladie" seraient les suivants :

– La validité de la référence biologique.

– La validité de la référence normative.

– La subjectivité humaine.

d - Étude objective

d.1 - Validité de la référence biologique

A priori, le critère biologique d' "altération d'un mécanisme ou d'un processus biologique" semblerait le plus pertinent pour définir et caractériser un état de "maladie".

Néanmoins la notion d' "altération" est problématique car on peut mettre en évidence des processus, apparemment non dysfonctionnels, mais qui provoquent des atteintes organiques ou fonctionnelles.

Par exemple, il semblerait que l'accumulation continue de déchets dans les lysosomes des cellules entraîne leur mort après quelques années. On observe bien ici un problème grave, la mort de la cellule, mais existe-t-il un processus altéré ? Si le problème principal est bien l'évacuation des déchets lysosomiaux, et que cette évacuation n'est pas "prévue" dans l'organisation générale de la cellule et de l'organisme, aucun processus n'est altéré ! L'accumulation des déchets lysosomiaux est-elle alors un état de "maladie" mortelle ou un état de "santé" aboutissant à la mort ? Peut-on définir comme état de "santé" un état, même apparemment non dysfonctionnel, qui entraîne la mort de l'organisme ?

En étudiant les données biologiques actuelles, il apparaîtrait que la dynamique du vivant soit plus le résultat du hasard et des aléas de l'évolution que d'une rigoureuse organisation.
Il ne serait donc guère surprenant de trouver des processus "biologiquement normaux" et non dysfonctionnels qui entraînent des états de type pathologique.

L'utilisation simple et directe du critère biologique pour définir l'état de "maladie" impliquerait que certains états physiologiques "normaux", bien qu'entraînant des altérations physiologiques, paradoxalement ne seraient pas considéré comme un état de "maladie".

Il semble que la référence à des critères biologiques ne pourrait être pertinente que dans la mesure où les processus psychobiologiques représenteraient un modèle fonctionnel quasi parfait.

Il semble donc que la référence à des processus biologiques ne puisse être utilisé, du moins directement, comme critère de l'état de "maladie".

d.2 - Validité de la référence normative

Un état physiologique qui s'écarte d'une norme de type statistique peut-il être considéré comme un état de "maladie" ?

L'argument principal qui permettrait d'invalider ce critère normatif serait l'incapacité actuelle à expliciter pourquoi telle ou telle norme physiologique serait représentative d'un état de santé ou de maladie.
La plupart des normes actuelles ne résultent pas de la compréhension intime des processus physiologiques mais uniquement de nombreuses observations de cas cliniques et "normaux". Mais rien ne permet d'affirmer que ces moyennes soient toujours représentative de l'état de "santé".

Il semble donc qu'un état physiologique différent d'une norme statistique ne puisse être considéré comme un état de "maladie".

g.3 - Problématique de la subjectivité

La définition objective de la pathologie est rendue complexe en raison du caractère intrinsèquement subjectif du psychisme humain.

En raison même de la grande variabilité des contextes culturels et éducatifs, et surtout de la très grande capacité de conditionnement, d'apprentissage et de réaction affective de l'être humain, quasiment tout processus ou comportement, en fonction du vécu propre du sujet, peut être subjectivement perçue comme normal ou pathologique.

De plus, cette perception subjective est telle que de nombreux processus objectifs de pathologie, intrinsèquement négatifs, peuvent même être perçus subjectivement comme un processus neutre ou normal.

La définition objective de la normalité et de la pathologie devra tenir compte de ce facteur de subjectivité, intrinsèque au psychisme humain, afin d'être un concept opérationalisable et correspondant au réel.

e - Problématique centrale des états dits de "santé"/"maladie"

Compte tenu des différents arguments exposés ci-dessus, il est proposé de définir trois niveaux de référence :

– Un niveau théorique, correspondant à une modélisation théorique "idéale" des fonctions physiologiques, basée sur les principes fondamentaux des systèmes biologiques.
Ce niveau théorique permettrait de distinguer les état de "santé" des états de "maladie".

– Un niveau réel, correspondant à la description des mécanismes et des processus biologiques existant réellement.
A noter que ce niveau n'est actuellement connu que de manière très partielle. Ce manque de connaissances fait que la descriptions des phénomènes biologiques actuellement considérés comme réels est sûrement approximative.
Ce niveau réel permettrait uniquement de distinguer les états de "normalité" et d' "anormalité" biologique.

– Un niveau statistique, correspondant à la définition de normes biologiques statistiques.
Ce niveau statistique permettrait, par défaut, d'obtenir des éléments indirects de diagnostic permettant de distinguer les états probables de "normalité"/"anormalité" et de "santé"/"pathologie".

Conclusion

La problématique centrale de l'état de "maladie" serait l'existence d'un dysfonctionnement d'un processus psychobiologique, mais en référence à des fonctions physiologiques théoriques, modélisées à partir des principes fondamentaux des systèmes biologiques.

Remarques

La modélisation théorique "idéale" des mécanismes, processus et fonctions biologiques, servant de référence pour déterminer les états de "santé" et de "maladie", devrait être élaborée en tenant compte au maximum de la réalité des phénomènes biologiques. Le modèle théorique ne s'écarterait du réel que lorsque la dynamique globale et systémique des phénomènes réels ne permettrait plus la survie individuelle ou la perpétuation de l'espèce.

Pour donner une image, l'objectif n'est pas d'imaginer de nouvelles lois et fonctions biologiques, mais de rationaliser et d'optimiser le "bricolage de l'évolution".

En reprenant l'exemple des lysosomes, le modèle théorique "idéal", ou plutôt "viable", inclurait soit une dégradation complète des déchets, soit leur évacuation, sinon il est évident qu'à terme l'accumulation de ces déchets provoquera la mort des cellules puis celle de l'organisme. Par rapport à ce modèle lysosomial théorique, on pourrait donc dire que les processus lysosomiaux sont dysfonctionnels et qu'il existe un état de maladie, incurable de surcroît.

L'écart à la normalité biologique ou statistique ne serait pas forcément une maladie et une maladie ne serait pas forcément le résultat d'un processus biologiquement ou statistiquement anormal.

b - Définition objective

a - Cadre directeur

Le critère psychobiologique servant de référence à la définition des différents états dits de pathologie est l'altération d'un processus fonctionnel.

b - Définition psychobiologique et objective

b.1 - Définition sur la forme

Il est proposé les définitions formelles suivantes :

– Les termes "pathologie", "maladie", "anomalie" et "psychopathologie" dénoteront dans la suite de cette étude, autant que faire se peut, les aspects psychobiologique, objectif, intemporel et universel des substantifs relatifs au concept de "pathologie".
Les substantifs "pathologie", "maladie", "anomalité" et "psychopathologie" dénoteront un phénomène objectif.

– Restreint aux primates hominoïdes (Anthropomorphes), le terme "hypocondrie" dénotera les aspects subjectifs relatifs au concept de "pathologie".
Cet aspect subjectif est la résultante normale des processus psychobiologiques de traitement de l'information, qui construisent une représentation essentiellement subjective du monde.
Le substantif "hypocondrie" dénotera un phénomène subjectif.

b.2 - Définition sur le fond : définition générale

– Pathologie : aspect objectif :

1. Science des causes, des symptômes et de l'évolution des maladies.

2. Ensemble des manifestations d'une maladie, des effets morbides qu'elle entraîne.

– Maladie : aspect objectif : dysfonctionnement d'un processus psychobiologique, en référence à des fonctions physiologiques théoriques, modélisées à partir des principes fondamentaux des systèmes biologiques.

– Psychopathologie : aspect objectif : définition provisoire : maladie du psychisme, c'est-à-dire altération des processus conscients les plus complexes.

– Hypocondrie : aspect subjectif : Sens supplémentaire au sens courant : tendance à percevoir comme pathologique des états de santé.

c - Études complémentaires

a - "Santé" absolue et relative

Figure A6-SM-B : Santé & maladie réduit

L'état de "santé" se définirait par la négation, par l'absence de "maladies". Mais existe-t-il un état organique exempt de toute altération fonctionnelle ?

Il semblerait que les organismes biologiques complexes, sans doute du fait de leur complexité, présentent dans leur structure fonctionnelle des "anomalies" intrinsèques qui seraient à l'origine, de façon constante, de divers dysfonctionnements.

On pourrait citer, entres autres :

– L'accumulation continue de déchets dans les lysosomes des cellules, qui provoquerait au cours du temps des altérations des processus cellulaires.

– La formation continue de plaque d'athérome chez environ 60% de la population adulte.

– La fluctuation de certaines capacités cognitives, telle l'attention ou la vigilance, dont la diminution intermittente du niveau d'efficience peut mettre en danger l'individu.

– La fluctuation très rapide de l'humeur affective, couplée à la très grande capacité de conditionnement et d'apprentissage, qui rend fortement probable la dysévolution fonctionnelle de certains processus émotionnels (phobies, colère incontrôlable, instabilité émotionnelle, ...).

– ...

Un autre type éventuel d'anomalie serait la vulnérabilité au temps : il semblerait que certains processus, apparemment non pathologiques, deviennent pathogènes uniquement lorsqu'ils se produisent de façon répétée sur des périodes de temps très longues.

Il semble ainsi qu'il existerait toujours différents types d'altérations, relativement minimes, de divers processus, mais qui ne seraient pas perçues ou détectées en raison du "bruit de fond" de l'organisme.

L'état de "santé" serait un état abstrait, virtuel, une référence absolue vers laquelle il conviendrait de tendre, mais sans jamais pouvoir réellement l'atteindre.

L'état de "santé" quotidien d'un individu ne serait qu'un état fluctuant de santé relative, où existerait constamment diverses pathologies ou processus pathologiques, minimes, non perceptibles ou détectables sans investigations poussées, et susceptibles à tout moment de s'aggraver.

Vulnérabilité intrinsèque

De plus, il semblerait que l'organisme humain soit très vulnérable aux divers facteurs de son environnement écologique et social.

En étudiant l'évolution de l'état de santé au cours des siècles, il semblerait qu'en l'absence d'une organisation sociale élaborée (agriculture, médecine, technologies, ...) l'organisme humain n'ait qu'une durée de survie relativement brève.

Il semble que l'état de santé relatif ne puisse être atteint durablement (à l'échelle du temps humain) qu'à la condition de pouvoir disposer d'un contexte de nutrition, d'hygiène et de médecine performant et adapté.

Pour donner une image, il semblerait que l'organisme humain soit une "mécanique" sophistiquée, mais de conception et de fiabilité approximative, aux capacités limitées, nécessitant une attention et des soins constants pour ne pas basculer dans le dysfonctionnel, et dont l'usure rapide entraîne à brève échéance l'arrêt fonctionnel définitif.

Conclusion

L'état de "santé absolue" ne serait qu'un état virtuel. Le plus souvent, chaque personne serait dans un état de "santé relative" correspondant à des états pathologiques durables mais mineurs.

L'état de "maladie avérée" serait caractérisé par un état où, les capacités de résilience de l'organisme (système immunitaire, systèmes de régulations homéostatiques, ...) étant dépassées, la dynamique des processus pathologiques portent atteinte à l'intégrité de l'organisme.

b - Comportement

Comportement & pathologie

Un comportement, étant l'expression motrice finale de processus psychobiologiques endogènes, ne pourrait être une maladie en lui-même. Mais un comportement pourrait être sous-tendu par des processus pathologiques ; dans ce cas, il est l'expression de cette maladie.

Par exemple, le tremblement parkinsonien de la main ne serait pas pathologique, mais la dégénérescence des neurones nigro-striés le serait.

Comportement adéquat & "dysadéquat"

En prenant comme référence le maintien de l'intégrité de l'organisme, un comportement pourrait être adéquat ou "dysadéquat".

Un comportement dysadéquat serait un comportement organisé qui porte atteinte à l'intégrité physique et/ou psychique d'un organisme.

En cas de comportement dysadéquat, il conviendrait de rechercher la cause de la dysadéquation au niveau des processus neuraux :

– Pathologie neurale.

– Dysévolution fonctionnelle.

Apprentissage inadéquat.

– Choix délibéré.

Un comportement dysadéquat n'est pas forcément, et en général serait rarement, sous-tendu par une maladie.

Exemples de comportements dysadéquats :

– Comportements ne satisfaisant pas qualitativement et quantitativement les besoins somatiques.

– Agression.
A noter que l'agression prédatrice, par rapport à cette définition, serait un comportement dysadéquat.

– Toxicomanie.

– Homicide.

– Suicide.

– ...

Comportement adapté & inadapté

En prenant comme référence les normes culturelles d'une société donnée, un comportement pourrait être adapté ou inadapté.
Un comportement inadapté serait un comportement non adapté aux normes culturelles en vigueurs. En général, un comportement inadapté ne serait ni pathologique ni dysadéquat.


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