[ Sumario ] · Chapitre : Préface

Préface



On observe, chez les mammifères non primates (rongeurs, canidés, bovidés, ...), des femelles en période d'œstrus qui stimulent leur région génitale, soit avec leur bouche ou leurs pattes antérieures, soit en frottant leurs parties génitales contre divers objets ou le sol ; on observe des mâles qui manipulent leur pénis, soit également avec leurs pattes antérieures ou leur bouche, soit en utilisant des objets ou des éléments de l'environnement comme moyen de stimulation génitale ; on observe des dauphins qui se masturbent en exposant leur pénis contre un jet d'eau ou en le frottant contre un élément solide.

Le comportement homosexuel entre femelles est relativement fréquent dans de nombreuses espèces : lions, chats, chiens, moutons, vaches, chevaux, cochons, lapins, cochons d'Inde, hamsters, rats et souris. L'inversion de rôle, c'est-à-dire la succession de réactions mâles et femelles chez un même individu, semble faire partie du répertoire sexuel normal des femelles.

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Chez de nombreux primates, les comportements sexuels sont tellement intégrés aux relations sociales que les spécialistes les qualifient de "socio-sexuels".

On observe des relations entre des espèces différentes de primates et des relations avec des espèces non primates. On observe des relations hétérosexuelles, homosexuelles, ou bisexuelles. Les relations bisexuelles sont d'ailleurs la norme chez les chimpanzés bonobos. On observe des inversions de rôle, des comportements d'autosexualité, des relations intra ou extra parentèle, ainsi que des relations avec des objets. On observe de nombreuses pratiques : présentation des organes génitaux, baiser, fellation, stimulations manuelles, coït dorsal ou ventral, ...

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On observe chez l'Homme, en plus de ce qui existe chez les autres animaux, toute une dimension subjective, fantasmatique et culturelle qui démultiplie la diversité des croyances et des pratiques sexuelles.

Certaines régions du corps ou certaines pratiques peuvent avoir ou ne pas avoir le statut de "sexuel" : par exemple le baiser ou les seins ne sont pas considérés comme "sexuels" dans certaines sociétés. Des pratiques peuvent être taboues, interdites ou valorisées, en fonction de critères très divers. De nombreux objets techniques peuvent être utilisés, ou bien des aliments et des substances psychotropes peuvent être consommés afin d'augmenter les sensations hédoniques. On observe des pratiques régulières, occasionnelles, rituelles ou initiatiques, effectuées seules, en couple, ou en groupe. On observe de l'échangisme, de la prostitution, du sadomasochisme, du voyeurisme, de l'exhibitionnisme, de la pornographie, ...

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Devant toutes ces diversités et toutes ces exubérances, qu'est-ce alors que la "sexualité" ?

Qu'est-ce qui est "sexuel" et qu'est-ce qui ne l'est pas ?

Qu'est-ce qui est "normal" ou "pathologique", "bien" ou "mal", "naturel" ou "culturel", à favoriser ou à proscrire dans les activités dites "sexuelles" ?




Aujourd'hui, il existe un certain nombre de livres qui traitent de la "sexualité". Mais les recherches qui ont été menées concernent plutôt les animaux ou la reproduction (Aron, Knobil & Neill), ou bien sont plutôt physiologiques (Masters & Johnson), ethnologiques (Malinowski), psychosociologiques (Kinsey, Allgeier), ou psychanalytiques (Freud).

De plus, le discours savant sur la "sexualité" change suivants les époques : "péché" ou "souillure de l'âme" (St Augustin, Gerson) au Moyen Âge, actes "contre nature" ou "Pathologie" (Krafft-Ebing) à l'époque contemporaine ; la masturbation est tantôt source d'opprobres (Tissot), tantôt d'éloges (Brenot) ; le concept d' "homosexualité" n'existait pas dans l'Antiquité ; ...
En résumé, une méta-analyse des données sociohistoriques des sociétés occidentales met en évidence que, d'une part, hormis le coït vaginal reproducteur, toutes les pratiques dites "sexuelles" ont constamment changé de statut, oscillant entre le "normal" et le "pathologique", et que, d'autre part, les discours sexologiques semblent être une transposition dans le registre scientifique des valeurs sociales et morales en usage à une époque donnée.




Alors comment savoir ce qu'est réellement la "sexualité" chez l'Homme ? Comment élaborer une connaissance qui soit indépendante d'une époque, des valeurs morales d'une société, de l'influence culturelle, de la subjectivité des processus intellectuels et des expériences singulières de chacun ?




Depuis les années 1980, de nouvelles technologies ont transformé la recherche en neurosciences. Ces nouvelles techniques et méthodes ont permis d'augmenter considérablement les connaissances scientifiques sur le cerveau et le système nerveux.

Aujourd'hui, il semble possible d'étudier la "sexualité" au niveau le plus basique, directement au "cœur" du cerveau et des processus qui engendrent les émotions, la cognition et les comportements.




L'étude de la "sexualité" présentée dans cet ouvrage est basée sur les connaissances les plus récentes en neurosciences. De nombreuses données éthologiques (étude du comportement animal), ethnologiques (étude des cultures et des sociétés humaines) et psychologiques complètent les données neurobiologiques.

L'étude porte essentiellement sur les périodes cruciales à l'apparition et au développement des comportements, c'est-à-dire, par ordre d'importance : la prime enfance, l'enfance, l'adolescence et la période fœtale. La période adulte est peu étudiée dans la mesure où l'essentiel du développement est terminé.




Jusqu'à nos jours, la "sexualité" humaine "normale" reposait sur un modèle comportemental unique, celui d'un homme et d'une femme ayant des relations procréatrices.

En fonction des nouvelles connaissances, il semblerait nécessaire de dissocier l'ancien modèle en 3 niveaux : reproducteur, érotique et conceptuel.

La reproduction concernerait le coït vaginal fécondant entre un homme et une femme pubères ; l'érotisme concernerait la recherche de tous les plaisirs corporels intenses, seul ou avec des partenaires ; les conceptualisations "sexuelles" concerneraient toutes les innombrables créations de l'imaginaire et de l'intellect humain qui sont rattachées à la notion de "sexualité".




La "sexualité" apparaît ainsi comme plurielle, protéiforme et exubérante. Le singulier ne peut rendre compte de toutes ces diversités. Il semble plus approprié, pour homo sapiens, de parler de "sexualités humaines".


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