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D - Dynamique générale du développement du comportement érotique : les interactions entre les facteurs
L'objectif de ce sous-chapitre est de comprendre et d'expliquer les interactions entre les principaux facteurs clés qui sont à l'origine du développement du comportement érotique. Les hypothèses les plus plausibles de la dynamique du développement sont présentées.
Caractéristiques principales du développement
Les caractéristiques principales du développement du comportement érotique seraient :
– Non innéité : Le développement n'est pas inné, ou génétiquement préprogrammé. Il ne semble exister aucun facteur neurobiologique provoquant directement le développement de ce comportement.
– Potentialité : Le développement est potentiel. Lorsque le milieu culturel est défavorable, le développement est retardé et/ou considérablement restreint et limité.
Les facteurs culturels semblent être prépondérants.
– Continuité : le développement serait continu sur l'ensemble de la vie.
– Périodes particulières : il existerait quatre périodes particulières :
– La prime enfance (3-7 ans) : la prime enfance serait une période sensible, où se déterminerait plusieurs caractéristiques psychologiques liées à l'activité érotique.
– La puberté (12-15 ans) : à la puberté, on observe une augmentation importante de l'intensité de la motivation érotique.
– L'adolescence et les premières années de l'âge adulte (15-25 ans) : période active d'expérimentation et de diversification, en parallèle avec la courbe d'activité générale de l'organisme.
– La vieillesse (après 60-80 ans) : déclin des fonctions physiologiques et régression du comportement érotique.
Facteurs clés de la dynamique générale
La dynamique générale du développement du comportement érotique s'articulerait autour de quatre facteurs clés :
– Un facteur interne primordial et fondamental : La découverte et la recherche du plaisir physique (facteur biologique).
– Un facteur externe majeur : Les actions et réactions des autres personnes (facteur culturel).
– Deux facteurs internes secondaires :
– Les connaissances et les croyances relatives au plaisir érotique (facteur cognitif).
– Les états émotionnels associés aux activités érotiques (facteur émotionnel).
Figure 3 Comportement érotique : dynamique générale réduit
a - Facteur psychobiologique : découverte et recherche du plaisir physique
La caractéristique neurobiologique cruciale à l'origine du comportement érotique est l'existence de "centres" du plaisir, innés, qui peuvent produire des sensations de plaisirs intenses (émoi érotique et jouissance).
Comme il semble que ces sensations hédoniques ne se produisent pas de façon spontanée, le facteur clé à l'origine du développement du comportement érotique serait la découverte du plaisir physique, après la première stimulation appropriée d'une région érogène.
Par exemple : durant l'exploration manuelle du corps ; au hasard des soins parentaux ; au cours d'un corps à corps non érotique ; par un contact avec un animal ou un objet chaud et doux ; lors de "jeux" érotiques avec un(e) camarade ; au cours de la première masturbation ; ou directement, lors de la première initiation érotique avec un partenaire expérimenté.
A noter que le facteur crucial de l'initiation du développement est la perception de la première sensation de plaisir intense, et non la nature (érotique ou non érotique) de l'action qui provoque la stimulation : que le pénis/clitoris (ou les fesses, la bouche, ...) soit stimulé par un(e) camarade (activité dite "sexuelle"), une peluche (accidentel), de l'eau bien chaude (toilette) ou une application d'un médicament (acte médical) est relativement indifférent.
La perception des premières sensations érotiques, ainsi que la compréhension du lien de cause à effet entre la stimulation du corps et le plaisir intense, seraient le facteur clé à l'origine du développement du comportement érotique.
Il semble qu'à la naissance un enfant n'ait aucun souvenir, aucune idéation, aucun fantasme, aucun désir érotique. Il semble également que le développement du comportement érotique ne soit pas spontané ou programmé génétiquement.
Il semble que ce n'est qu'a partir du moment où une personne a éprouvé ses premières sensations érotiques qu'il soit possible pour elle de se remémorer une sensation érotique, d'avoir des idéations érotiques et d'avoir des désirs érotiques.
Il semble que ce n'est qu'a partir du moment où une personne a éprouvé ses premières sensations érotiques qu'elle essayera de les reproduire, qu'elle tentera d'en varier les sensations ou les intensités, et qu'elle cherchera à explorer toutes les possibilités érotiques qui seront à sa portée.
C'est-à-dire qu'il semble que ce n'est qu'a partir du moment où une personne a éprouvé ses premières sensations érotiques, et comprit comment les reproduire, que débute le développement du comportement érotique.
Dynamique basique du comportement érotique
Le texte ci-dessous tente d'expliquer, étape par étape, la caractéristique la plus basique et la plus fondamentale du comportement érotique, qui serait la recherche continue de sensations de plaisirs intenses.
Partie A Figure 3 Comportement érotique : dynamique générale réduit
· Étape 1 : Stimulation mécanique : Le plaisir intense (émoi érotique et/ou jouissance) serait provoqué par la stimulation mécanique du corps. Cette stimulation mécanique peut être effectuée par le sujet lui-même, par un ou des partenaires ou par tout autre élément capable de produire des stimulations mécaniques.
Il semble que la stimulation des autres modalités sensorielles (visuelle, auditive, olfactive, gustative, ...) ne peut provoquer un plaisir aussi intense que la modalité somatosensorielle.
( cf. Partie A1 de la Figure 3 )
· Étape 2 : Transduction somatosensorielle : Les stimuli mécaniques sont détectés par des récepteurs sensoriels, présents dans la peau. Les récepteurs impliqués dans les sensations de plaisir intense seraient des mécanorécepteurs 1 , 2, c'est-à-dire des récepteurs qui réagissent à la stimulation mécanique du corps.
Cette particularité neurophysiologique implique que tous les stimuli mécaniques, quels qu'ils soient, peuvent provoquer des sensations de plaisir physique intense. Plus précisément encore, cette particularité neurophysiologique semble être la raison biologique première qui expliquerait pourquoi un être humain peut avoir des activités érotiques avec n'importe quel autre être humain, voire avec des animaux et/ou des objets : ce qui semble être déterminant, c'est que l'élément avec lequel la personne a une activité érotique puisse provoquer des stimulations mécaniques (exemple type : vibromasseur).
( cf. Partie A2 de la Figure 3 )
· Étape 3 : Perception hédonique : Les stimuli mécaniques seraient ensuite transmis jusqu'au cerveau par la moelle épinière 1 , 2, dans les "centres" du plaisir où ils seraient perçus par le sujet en tant que sensations de plaisir physique intense.
( cf. Partie A3 de la Figure 3 )
· Étape 4 : Rétroaction érotique : La perception de sensations de plaisir intense inciterait le sujet, de manière volontaire et délibérée, à renouveler activement les activités érotiques.
Au cours de l'activité érotique, à chaque répétition des étapes, le sujet peut modifier les stimulations mécaniques en fonction des sensations produites, par rétroaction, afin de diversifier et d'intensifier le plaisir.
( cf. Partie A4 de la Figure 3 )
Remarques
À noter qu'une particularité neurophysiologique fait que la masturbation (autostimulation) procure moins de plaisir que la stimulation par un partenaire (interstimulation). Cette caractéristique serait due aux capacités d'anticipation du système nerveux : les signaux somesthésiques seraient anticipés et produiraient un effet amoindri.
De manière toute spéculative, on peut supposer que si cette particularité neurophysiologique était inverse (si l'autostimulation procurait un plaisir bien plus intense que l'interstimulation), ne se développerait quasiment que des comportements d'autoérotisme, il n'y aurait quasiment pas de coït reproducteur, et l'espèce humaine se serait sans doute éteinte depuis longtemps (on peut en effet exclure tout comportement reproducteur intentionnel, car il est fort douteux qu'à l'aube de l'humanité l'Homme ait su que le coït vaginal est nécessaire à la fécondation).
Il semble dans certain cas qu'il suffise d'une modification neurophysiologique minime pour provoquer des modifications psychiques, comportementales et évolutives majeures ...
Conclusion
En conclusion, la caractéristique psychobiologique fondamentale et "biologiquement normale" du comportement érotique serait la recherche répétitive de diverses sensations de plaisirs intenses, provoqués par la stimulation mécanique du corps.
À partir de ce schéma de base, d'autres facteurs, liés aux actions et réactions des personnes de l'entourage, vont diversifier et complexifier les activités érotiques.
b - Facteur culturel : les actions et réactions des autres personnes
Partie B Figure 3 Comportement érotique : dynamique générale réduit
D'après les données ethnologiques, il semble que le contexte culturel aurait une influence majeure et prépondérante sur le développement et sur l'expression du comportement érotique.
Pour cette étude, on s'intéressera surtout, d'une part, à l'influence du contexte culturel sur le développement du comportement érotique, et, d'autre part, à l'influence du contexte culturel dans la diversification des activités érotiques.
Modalité de l'influence culturelle
Il semble que le contexte culturel n'ait pas d'influence directe sur le développement des personnes et sur le développement de leurs comportements. L'influence du facteur culturel serait indirecte : les croyances culturelles modifieraient les actions et les réactions des individus les uns envers les autres, et, par rapport au développement des comportements, modifieraient les attitudes des adultes envers les enfants.
Le "contexte culturel" est une abstraction. Ce qui existe réellement serait des croyances en fonction desquelles agissent et réagissent les individus.
En fonction de leurs croyances culturelles, les membres d'un groupe social organiseraient le milieu matériel d'une certaine manière, organiseraient les relations interpersonnelles d'une certaine façon et adopteraient certaines attitudes alimentaires, érotiques, morales, religieuses ou autres.
En fonction du milieu culturel de sa naissance, un enfant aura un certain type d'environnement matériel, un certain type de relations interindividuelles et sera confronté à des situations spécifiques à sa culture.
Quelle que soit la culture, ce serait toujours les interactions avec le milieu écologique et avec les autres qui agiraient sur le développement. Mais suivant le contexte culturel, les caractéristiques de ces interactions changeraient et moduleraient ainsi le développement.
Concrètement, l'influence d'un contexte culturel se ferait par l'intermédiaire des actions et des réactions des personnes du groupe social. Ce serait les actions et les réactions des adultes qui provoqueraient des modifications du développement psychique et comportemental des enfants.
Remarques
Les facteurs culturels, par l'intermédiaire des actions et réactions des autres personnes, agiraient sur le développement, sur l'expression et sur la diversification des activités érotiques.
En aucun cas les facteurs culturels n'auraient une influence sur les processus psychobiologiques clés du comportement érotique (émoi érotique, orgasme, renforcement, causalité, ...).
Le développement des croyances et des valeurs culturelles relatives à la notion conceptuelle de "sexualité" est étudié dans le chapitre "«Construction culturelle» de la notion de «sexualité»".
Variations des actions et réactions des adultes en fonction du contexte culturel
On observe qu'en fonction du contexte culturel, les attitudes, les actions et réactions des adultes vont être différentes.
Parmi les quelques 3.000 sociétés humaines connues, il semble assez difficile d'établir une typologie simple des attitudes culturelles envers les pratiques érotiques.
On observe qu'il existe tout un ensemble d'interdits, d'obligations, d'attitudes prohibitives, permissives ou incitatrices, qui peuvent être tabous, implicites ou clairement exprimés, et qui portent sur différentes activités érotiques, à différents âges, en fonction du sexe, du cycle menstruel, de l'appartenance sociale, du statut marital ou religieux, ou d'autres caractéristiques propres à chaque groupe humain. 1
Le plus souvent les normes culturelles ne sont ni globalement restrictives ni globalement permissives. Certains types de comportements érotiques sont proscrits pour tel ou tel âge, tel ou tel sexe, telles ou telles raisons de parenté, de prescriptions religieuses ou magiques, tandis que d'autres types de comportements érotiques sont valorisés ou obligatoires, tandis que d'autres sont tout simplement ignorés.
(Par exemple les activités génitales peuvent être favorisées tandis que les activités orales sont dévalorisées ; ou bien les activités hétérosexuelles peuvent être favorisées tandis que les activités homosexuelles sont interdites ; ...).
Afin de mettre en évidence les facteurs culturels qui vont avoir un impact majeur sur le développement du comportement érotique, il est proposé de regrouper les diversités d'attitudes culturelles envers ce comportement en trois grandes catégories :
– Un ensemble d'attitudes favorisant le développement des activités érotiques culturellement acceptées.
– Un ensemble d'attitudes inhibant le développement des activités érotiques culturellement prohibées.
– Un ensemble d'attitudes provoquant des situations dysfonctionnelles.
Chacun de ces ensembles d'attitudes produit un développement particulier du comportement érotique.
Attitudes favorisant le développement
On observe que dans certains groupes sociaux les adultes considèrent que certaines activités érotiques sont un facteur très positif de l'existence et qu'ils mettent en place des moyens qui permettent aux enfants d'apprendre les types d'activités érotiques culturellement acceptés. 1 , 2
En général, on observe dans ces groupes sociaux les caractéristiques suivantes :
– La valorisation sociale des activités érotiques des enfants et/ou adolescents, du moins pour celles qui sont culturellement acceptées.
– L'observation par les enfants et/ou adolescents des activités érotiques culturellement acceptées, pratiquées par d'autres personnes (d'autres enfants et/ou adolescents, ou des adultes).
– Des incitations verbales à pratiquer les activités érotiques culturellement acceptées.
– L'autorisation explicite pour les enfants et/ou adolescents à pratiquer les activités érotiques culturellement acceptées.
– Des explications franches et directes, détaillées, théoriques et/ou pratiques concernant les activités érotiques culturellement acceptées.
– L'initiation pratique grâce un partenaire expérimenté des formes culturellement acceptées de l'activité érotique.
– Des structures éducatives spécialisées dans l'apprentissage des activités érotiques culturellement acceptées.
Dans ce contexte, les enfants et/ou adolescents reçoivent tous des stimuli favorables au développement rapide des formes culturellement acceptées du comportement érotique.
D'après les données ethnologiques, on observe dans ces groupes sociaux que les enfants acquièrent le répertoire érotique culturellement accepté en étroite concordance avec les pratiques éducatives.
À l'extrême, dans les sociétés "incitatives" qui considèrent que quasiment toute forme d'activité érotique est importante et qui en favorisent activement l'éducation pratique et théorique durant l'enfance, on observe les premières manifestations d'activités auto-érotiques avant l'âge de deux ans, et d'activités érotiques à partir de la troisième année. Le répertoire érotique adulte est quasiment acquis avant la dixième année (exemple de certaines sociétés hindoues ou amérindiennes 1 et de nombreuses sociétés océaniennes 1 ).
Attitudes inhibant le développement
On observe que dans certains groupes sociaux les adultes considèrent que certaines activités érotiques sont inappropriées et/ou pathogènes pour les enfants et qu'ils mettent en place des moyens qui empêchent l'apprentissage des activités érotiques culturellement prohibés. 1
En général, on trouve dans ces sociétés les caractéristiques suivantes :
– Dévalorisation sociale des activités érotiques des enfants et/ou adolescents, du moins pour celles qui sont culturellement prohibées.
– Absence de discussions, avec les enfants et/ou adolescents, des activités érotiques culturellement prohibées.
– Interdictions, aux enfants et/ou adolescents, d'observer les activités érotiques culturellement prohibées.
– Interdictions explicites à pratiquer les activités érotiques culturellement prohibées.
– Absence d'éducation érotique concernant les activités culturellement prohibées.
Dans ce contexte, les enfants et/ou adolescent ne reçoivent pas de stimuli susceptibles de permettre le développement des formes culturellement prohibées du comportement érotique.
D'après les données ethnologiques, on observe dans ces groupes sociaux que les enfants n'acquièrent pas, pour la plus grande majorité, le répertoire érotique culturellement prohibé.
À l'extrême, dans les sociétés "prohibitives" qui considèrent que quasiment toute forme de pratique érotique est néfaste ou inappropriée pour les enfants et qui en interdisent activement l'expression, on observe une quasi absence de ces activités ainsi qu'une absence du développement du comportement érotique, jusqu'à l'âge où les règles sociales autorisent son expression. (Dans ces sociétés, on observe des périodes de latence qui correspondent à la durée des interdits culturels.) Dans le cas d'interdits ou de valeurs sociales extrêmement défavorables, on peut même constater un quasi non développement de l'activité érotique, même à l'âge adulte (exemple des femmes de l'ethnie So en Afrique noire qui n'ont des rapports sexuels douloureux que pour avoirs des enfants, source de richesse et de valorisation sociale 1 ).
À noter que les activités érotiques prohibées ne sont pas toujours clairement définies et explicitées, que certaines sont plus prohibées que d'autres, et que quelques unes doivent parfois être déduites d'indices sociaux. De même, les attitudes sociales défavorisant telles ou telles pratiques peuvent être très diverses et peu explicites, voire parfois être contradictoires entre-elles.
Un bon exemple en Occident est les activités homosexuelles, qui sont légales, présentées dans les médias et les magazines, mais qui véhiculent des connotations négatives de sexualité inférieure, voire déviante et pathologique. Les adolescents, qui sont à une période clé du développement érotique, bien qu'il n'existe aucun interdit officiel et explicite à l'homosexualité, vivent néanmoins dans un contexte où un des pires états est d'être "pédé" (ou "gouine"), objet de toutes les moqueries et humiliations.
Attitudes provoquant des situations dysfonctionnelles
On observe que dans certains groupes sociaux les attitudes vis à vis du comportement érotique sont inappropriées et qu'elles produisent des situations dysfonctionnelles.
En général, on observe dans ces groupes sociaux les caractéristiques suivantes :
– Attitudes d'ignorance feinte, d'attitudes élusives, de refus de dialogue.
– Attitudes de dévalorisations sous-entendues, de condamnations allusives et d'interdictions implicites.
– Attitudes non verbales de gêne en rapport avec des sujets érotiques, souvent marquées de réactions émotionnelles importantes et négatives.
– Absence de discussions relatives au plaisir physique. Existence de sujets tabous (la problématisation du sujet et la charge émotionnelle sont telles qu'on ne peut même pas parler du fait que ce sujet ne peut être abordé).
– Absence d'éducation érotique (ni pour les activités autorisées, ni pour les activités prohibées : les enfants/ adolescents ne reçoivent aucun repère).
– Attitudes éducatives inappropriées :
– Réactions affectives disproportionnées (colère, mépris, dégoût, invectives, ...) en relation avec un thème érotique anodin.
– Apprentissage du dégoût pour les régions corporelles liées aux activités érotiques.
– Inculcation de significations négatives pour l'activité érotique en général.
– ...
– Sanctions inappropriées :
– Moqueries, dévalorisation, humiliation, ...
– Menaces de maladies (folie, ...) ou de sanctions irrémédiables (pécher mortel, ...).
– ...
On observe que les enfants et/ou adolescents qui ont été longtemps en contact avec ce type d'attitudes développent à l'âge adulte des problèmes liés aux activités érotiques : difficulté à parler du plaisir physique, difficulté à exprimer les sentiments et désirs érotiques, honte, culpabilité, gêne ou dégoût des activités érotiques, troubles sexuels, absence de connaissances objectives induisant des comportements dommageables, voire des problèmes psychologiques majeurs, ...
c - Facteur cognitif : les connaissances relatives au plaisir érotique
Les connaissances théoriques et pratiques semblent être un facteur important du développement du comportement érotique.
Partie C Figure 3 Comportement érotique : dynamique générale réduit
Il est à noter que les connaissances ou l'absence de connaissances sont une caractéristique directement dépendante des actions du groupe social, c'est-à-dire du contexte culturel. Les connaissances ne peuvent s'acquérir, pour la majeure partie, que grâce aux autres.
Il semble que plus l'enfant et/ou l'adolescent (ou l'adulte) a de connaissances relatives aux activités et au plaisir érotique, en particulier des connaissances pratiques et pragmatiques, plus le développement de ce comportement sera rapide et diversifié.
d - Facteur affectif : les effets de l'état émotionnel
Il semble que les émotions vécues au cours des activités érotiques aient une influence non négligeable dans le développement et la dynamique de ce comportement.
Partie D Figure 3 Comportement érotique : dynamique générale réduit
Il est à noter que les états émotionnels sont une caractéristique directement dépendante des actions du groupe social, c'est-à-dire du contexte culturel. Les états émotionnels sont provoqués, pour la majeure partie, par l'attitude des autres.
Les émotions semblent participer à des conditionnements aversifs et/ou appétitifs qui modifient l'activité et l'état psychique d'un sujet.
Émotions positives
Il semble que tous les états émotionnels positifs qu'une personne peut éprouver au cours des activités érotiques vont avoir un impact très positif sur son état psychologique général.
Les principaux états émotionnels positifs généralement observés lors des activités érotiques peuvent être le plaisir, l'émoi érotique, la jouissance, la joie, l'intérêt et l'amour.
Par rapport au développement du comportement érotique, il semble que plus une personne éprouve des émotions positives durant les activités érotiques, plus elle se sentira bien et plus elle considérera l'activité érotique comme positive et plus elle cherchera à reproduire et diversifier ces activités de plaisir physique.
Émotions négatives
Il semble au contraire que tous les états émotionnels négatifs qu'une personne peut éprouver au cours des activités érotiques vont avoir un impact plutôt négatif sur son état psychologique général.
Par rapport au développement du comportement érotique, il semble que plus une personne éprouve des émotions négatives durant ou après les activités érotiques, plus elle considérera les autres personnes (ayant des activités érotiques) et/ou l'activité érotique comme partiellement ou globalement négatifs et plus elle cherchera à éviter en partie ou en totalité ces activités de plaisir physique et évitera certains types de relations sociales.
Remarques
Les émotions positives semblent être des composantes intrinsèques du comportement érotique. L'activité érotique provoque directement du plaisir, de l'émoi érotique, de l'orgasme, de la joie et de l'intérêt.
Par contre, les émotions négatives sont extrinsèques aux processus érotiques. L'activité érotique, c'est-à-dire la stimulation agréable du corps, ne provoque directement aucune émotion négative.
Les émotions négatives ne participeraient au développement du comportement érotique que dans certaines situations, qui dépendent du contexte ou de la culture.
À noter que ces états émotionnels négatifs sont provoqués, pour la majeure partie, par les actions et réactions des autres. Ce ne serait pas l'activité érotique qui serait responsable des états émotionnels négatifs, mais l'attitude des autres.
e - Autres dynamiques notables du développement du comportement érotique
Deux autres dynamiques notables existant durant le développement du comportement érotique sont la diversification des activités érotiques et la formation de "préférences érotiques".
a - Développement de la diversification des activités érotiques
La diversification des activités érotiques aurait comme origine deux types de facteurs :
– Des facteurs psychiques : exploration, curiosité, habituation, nouveauté, ...
– Des facteurs morphologiques : formes du corps, des membres et des organes génitaux.
Facteurs psychiques
Certaines caractéristiques sensorielles, émotionnelles et cognitives, telles la somesthésie, l'exploration, la curiosité, l'habituation et la recherche de la nouveauté, provoquent indirectement la diversification des activités érotiques :
– De la tendance spontanée à l'exploration du corps découle la découverte de différents plaisirs provoqués par le contact avec différentes régions corporelles.
– De la curiosité découle la recherche et la découverte d'informations relatives à la "sexualité" et à l'érotisme : nouveaux plaisirs provoqués par différents types d'activités avec différents partenaires et avec différents types de stimulations corporelles.
– Des effets de l'habituation 1 découle la recherche de nouveaux plaisirs plus intenses et gratifiants.
Facteurs morphologiques
Les particularités de l'organisation anatomique et physiologique de l'organisme humain engendrent des contraintes structuro-fonctionnelles qui déterminent des potentialités d'activités érotiques distinctes et spécifiques.
Les principales contraintes structuro-fonctionnelles seraient :
– La répartition morphologique des zones érogènes :
– La zone orale (lèvres et langue).
– La zone génitale (organes sexuels externes, principalement le gland du pénis ou le clitoris).
– La zone anale (fesses, anus et rectum).
– La disposition et les caractéristiques de certains membres et organes :
– Caractéristiques et positions des mains.
– Caractéristiques et positions des organes génitaux.
– Position des zones érogènes.
– La différence morphologique suivant le sexe :
– Présence de seins, d'un vagin et d'un clitoris.
– Présence d'un pénis.
Ces contraintes structuro-fonctionnelles, d'une part, ne permettent que certains types d'activités érotiques, et, d'autre part, induisent une nette distinction entre ces types d'activités.
Les principales activités érotiques potentielles et bien distinctes les unes des autres, induites par les contraintes structuro-fonctionnelles, sont données ci-dessous :
– La masturbation.
– Le baiser.
– La fellation.
– Le cunnilingus.
– Le coït vaginal.
– Le coït anal.
– Les caresses manuelles.
Les quelques six cents positions "sexuelles" connues sont, pour les plus pratiquées, des combinaisons et des variations de positions corporelles autour de ces activités érotiques principales.
Exemple : Masturbation
Les caractéristiques anatomo-fonctionnelles de l'organisme humain créent les conditions pour que la masturbation soit potentiellement une des premières activités érotiques de l'enfant.
Cette activité érotique peut être pratiquée seule et la position des mains est adéquate.
Dès que la maturation des réflexes moteurs permet l'exploration du corps et la découverte, puis la stimulation des organes génitaux 1, les sensations d'émoi érotiques 1 seraient à l'origine d'une répétition d'un comportement d'autostimulation. Si le jeune enfant n'est pas empêché, ce comportement se poursuivrait et deviendrait plus fréquent et les sensations d'émoi érotique plus intenses. On peut supposer qu'au début de la période de la prime enfance (vers environ 3 ans), ce comportement puisse être qualifié de masturbatoire, dans la mesure où il deviendrait conscient, volontaire et délibéré (du moins s'il n'est pas interdit 1 ).
La curiosité et la recherche de la nouveauté, en fonction des capacités intellectuelles du sujet et des informations disponibles dans son environnement, entraîneront une diversification des activités masturbatoires (différents types de manipulations, différentes substances, différents objets, ...).
Ce comportement autoérotique serait plus ou moins diversifié et fréquent en fonction de la pratique ou non d'autres comportements érotiques, du nombre des activités érotiques avec d'autres personnes, de la dynamique du groupe social où vit le sujet, ainsi que des croyances culturelles relatives à l'autosexualité.
Conclusion
Les capacités intellectuelles, les particularités de la somesthésie, les émotions et la cognition, la forme du corps, des membres et des organes génitaux, l'existence de différentes régions érogènes en différents endroits du corps, ainsi que l'existence de deux sexes distincts, mâle et femelle, sont des facteurs induisant des contraintes physiques et psychiques de diversification.
L'existence et la combinaison de ces différents facteurs impliquent que l'activité érotique ne peut que se diversifier continûment, mais uniquement d'une certaine manière : certaines diversifications sont impossibles, certaines sont quasi obligatoires, certaines hautement probables et d'autres seulement potentielles.
b - Développement des "préférences érotiques"
Les "préférences érotiques" auraient comme origine trois caractéristiques clés :
– Le traitement de l'information.
– Les caractéristiques physiques et psychologiques des partenaires, variables d'une personne à l'autre.
– Les caractéristiques de l'environnement social et relationnel du sujet.
L'environnement social et relationnel du sujet conditionne les possibilités d'expériences érotiques. Des prescriptions culturelles ou certaines organisations sociales (séparation des sexes, ...), le niveau d'instruction, le niveau de richesse, la profession, le nombre et la qualité des relations interpersonnelles, etc. peuvent empêcher ou favoriser le vécu de certaines pratiques érotiques.
Il semble évident que des pratiques non vécues ne peuvent devenir préférentielles.
Le fait que chaque personne soit différente, entre autres, au niveau de la forme de son corps, de la texture de sa peau, de ses réactions émotionnelles et de son caractère, implique que les sensations érotiques, tant au niveau physique que psychique, seront différentes d'un partenaire à l'autre.
Le traitement de l'information, en raison des processus de conditionnement aversifs, appétitifs et émotionnels, en raison des phénomènes d'habituation, d'extinction ou d'intérêt à la nouveauté, rendrait compte du fait qu'au cours des diverses expériences érotiques du sujet, certaines activités, ou certaines caractéristiques des partenaires, ou certains types de partenaires procureraient plus de plaisir et deviendraient préférentiels.
Les préférences érotiques se porteraient sur des ensembles saillants de régularité :
– Des caractéristiques morphologiques (forme de visage, taille, couleur des cheveux, ...).
– Des zones érogènes (bouche, pénis, vagin, ...).
– De certaines pratiques érotiques (baiser, fellation, coït, ...).
– Des attitudes comportementales (provocation, tendresse, ...).
– Des réactions émotionnelles (plaisir, dégoût, douleur, ...).
– De caractéristiques psychologiques (humour, libertinage, ...).
– Certains partenaires (telle ou telle personne, à l'exclusion d'autres).
Il semble que toutes les personnes développent au cours des années des "préférences érotiques", spécifiques à chacune en raison de leurs vécus érotiques singuliers. Pour certaines personnes, toujours en raison de leurs vécus érotiques particuliers, les "préférences érotiques" recouvriront un ensemble assez large de pratiques, tandis que pour d'autres l'éventail préférentiel sera plus limité.
Théoriquement, d'après les caractéristiques des processus de traitement de l'information impliqué dans le développement et la dynamique du comportement érotique, les préférences érotiques peuvent recouvrir une gamme très vaste de possibilités. Pratiquement, on observe que ces préférences érotiques sont plus ou moins limitées suivant les individus, et que, dans la gradation de ces préférences, les pratiques les plus préférentielles sont peu nombreuses.
Il semble que les préférences érotiques d'une personne ne puissent être définies simplement, par des concepts généraux tels l'hétérosexualité, l'homosexualité ou la bisexualité. Ces concepts sont trop vagues et trop vastes pour décrire précisément les caractéristiques particulières des préférences érotiques de chacun.
Les préférences érotiques d'une personne ne pourraient être décrites précisément que par l'énumération de toutes les caractéristiques diverses, variées, hétéroclites et personnelles qui éveillent chez elle différents niveaux d'intérêt érotique.
Remarques
Il semble que la toxicomanie aux dérivés morphiniques (morphine, héroïne, ...) puisse être considéré comme un type de préférences érotiques particulières. En effet l'injection de morphine provoque une sensation similaire à l'émoi érotique, l'injection d'héroïne provoque une sensation proche de la jouissance, et la dépendance observée semble dépendre de mécanismes neurophysiologiques proches de ceux de l'addiction érotique.
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