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Conclusion générale
" Pansexualité Potentielle "
En synthèse générale de cette étude, il serait possible de présenter deux niveaux, objectif et subjectif, d'hypothèses rendant compte des phénomènes physiologiques, psychiques et comportementaux relatifs à la notion culturelle de "sexualité".
– Le niveau "objectif" présente les hypothèses qui semblent actuellement les plus probables pour expliquer, dans la Réalité biologique et écologique, le développement de la capacité de reproduction, le développement du comportement érotique et le développement des représentations "sexuelles" subjectives.
– Le niveau "subjectif" présente un nouveau modèle de la sexualité humaine, celui de la "pan-sexualité potentielle", conforme aux perceptions syncrétiques, subjectives et individuelles par le psychisme de chaque sujet de ce qui est appelé "sexualité".
A - Niveau objectif : Ontogenèse et phylogenèse de la "sexualité"
En fonction des résultats des différentes études présentées dans les chapitres précédents, il semblerait nécessaire de dissocier l'ancien modèle de la "sexualité" en 3 phénomènes relativement distincts : reproduction, plaisir et conceptualisation.
Remarques
Les hypothèses présentées dans ce sous-chapitre relèvent d'un niveau "objectif ", car elles rendraient compte de phénomènes qui existeraient dans la Réalité, indépendamment des perceptions subjectives et personnelles des êtres humains.
Ces hypothèses expliqueraient les aspects objectifs du développement de la capacité de reproduction, du comportement érotique et des représentations "sexuelles" subjectives.
a - Hypothèses ontogénétique
Les deux tableaux ci-dessous récapitulent les étapes du développement des différents processus, comportements et concepts liés à la notion de "sexualité", à savoir :
– Le développement de la capacité de reproduction :
– La maturation physiologique des organes génitaux internes et externes.
– L'acquisition du comportement coïtal.
– Le développement et l'acquisition du comportement érotique.
– Le développement et la "construction culturelle" des représentations subjectives liées à la "sexualité".
Le premier tableau présente toutes les périodes et stades des différents développements, incluant en particulier les périodes de latence. Ce tableau serait, grosso modo, représentatif du développement de ce qui est appelé "sexualité" dans les sociétés occidentales.
Figure 8 Tableau récapitulatif : développement observé de la "sexualité" réduit
Le second tableau présente toutes les périodes et stades des différents développements, à l'exception des périodes de latence. Ce tableau serait représentatif, en dehors de toutes influences culturelles, du développement qui semblerait le plus psychobiologiquement probable des comportements érotique et coïtal, ainsi que du développement potentiel (mais ni obligatoire ni essentiel) de la notion de "sexualité".
Figure 9 Tableau récapitulatif : développement théorique de la "sexualité" réduit
Capacité de reproduction
Chez les mammifères, la capacité de reproduction dépend de deux phénomènes distincts : la maturation physiologique et le comportement coïtal.
( cf. Partie A et B de la Figure 9 )
Chez l'Homme, la maturation physiologique des organes génitaux internes et externes, innée, est relativement longue (une quinzaine d'années), est contrôlée par le système autonome et endocrinien, et n'est pas influencée par le contexte culturel.
Le comportement coïtal, acquis, correspond à l'apprentissage d'un "schéma corporel", d'une coordination de plusieurs séquences réflexes (érection, lubrification, poussées pelviennes, éjaculation, ...), et de la connaissance du coït vaginal. Le comportement coïtal est intégré principalement au niveau médullaire et mésencéphalique, et son développement peut être favorisé ou fortement inhibé par le contexte culturel.
Chez les primates hominoïdes, le comportement coïtal est une composante du comportement érotique. Il semble que la reproduction soit une conséquence, heureuse, de l'activité érotique.
Comportement érotique
Le comportement érotique correspond à la recherche des plaisirs intenses provoqués par la stimulation du corps (en particulier la jouissance).
( cf. Partie C de la Figure 9 )
Le comportement érotique, acquis, serait initié par les processus limbiques innés (émoi érotique et orgasme) qui provoquent des sensations subjectives de plaisirs intenses. Les autres processus émotionnels et les processus cognitifs moduleraient son développement.
Le comportement érotique peut être pratiqué seul (masturbation) ou à plusieurs partenaires. Au cours du temps et des activités érotiques, chaque personne développe des préférences érotiques (ou sexuelles) qui lui sont propres. Le développement du comportement érotique peut être favorisé ou fortement inhibé par le contexte culturel.
Remarque : ce nouveau modèle (ou paradigme) du comportement érotique peut être comparé point à point avec l'ancien modèle du comportement dit "sexuel", afin de bien mettre en évidence les différences entre les deux modèles.
Corrélat : voir le chapitre "Paradigme sexuel vs paradigme érotique"
Le comportement érotique serait la composante somatosensorielle d'un comportement plus général de recherche du plaisir, le comportement hédonique.
Le comportement hédonique correspondrait à la recherche de tous les plaisirs par l'intermédiaire de toutes les modalités sensorielles et cérébrales : plaisirs intellectuels, plaisirs du goût (gastronomie), de l'odorat (parfums), de l'audition (musique), de la vision (arts visuels), plaisirs somatosensoriels (comportement érotique) et plaisirs de certaines substances exogènes (drogues).
La finalité du comportement hédonique (et donc du comportement érotique) serait la recherche continue de plaisirs, préférentiellement nouveaux, diversifiés, raffinés et intenses (cf. l'exemple paradigmatique de la gastronomie).
Représentations "sexuelles"
Les représentations "sexuelles" correspondraient à l'élaboration, par les régions les plus complexes du cerveau, d'images et de catégories abstraites en relation avec la reproduction et le plaisir érotique.
( cf. Partie D de la Figure 9 )
Il semble que seul le cerveau des primates hominoïdes soit suffisamment complexe pour permettre l'émergence des représentations "sexuelles". Les représentations "sexuelles", acquises, seraient intégrées au niveau du néocortex.
Les représentations "sexuelles" seraient entièrement subjectives, ne correspondraient qu'approximativement à la réalité de la reproduction et du comportement érotique, seraient quasi totalement déterminées par le contexte culturel, et leur développement serait potentiel mais ni obligatoire ni essentiel.
L'élaboration des représentations "sexuelles" ferait partie d'une problématique plus générale, celle de l'élaboration des croyances subjectives. L'être humain élabore de nombreuses croyances (religieuses, mythologiques, magiques, morales, scientifiques, ...) qui structurent son esprit et orientent ses comportements.
Une très grande partie des problèmes humains proviendrait du décalage entre certaines de ces croyances et la réalité du monde.
b - Hypothèses phylogénétiques
Par rapport à l'évolution des espèces et au développement du système nerveux, il est proposé deux hypothèses phylogénétiques relative à la "sexualité" :
– Une hypothèse relative à l'influence du niveau de complexité du système nerveux sur le comportement dit "sexuel".
– Une hypothèse relative au contrôle neural du comportement de reproduction.
"Sexualité" & Complexité du système nerveux
Figure 9 Tableau récapitulatif : développement théorique de la "sexualité" réduit
Globalement, il semble qu'à chaque niveau de complexification du système nerveux il soit possible d'attribuer l'émergence et le contrôle d'une composante de la "sexualité".
( cf. Partie E de la Figure 9 )
Le système nerveux rudimentaire d'un organisme sexué simple contrôlerait uniquement la physiologie de la reproduction.
( cf. Partie A de la Figure 9 )
Le système nerveux des mammifères les plus simples ne pourrait contrôler que le comportement coïtal (intégré au niveau médullaire et mésencéphalique) et la physiologie de la reproduction (intégrée au niveau du système autonome et endocrinien).
( cf. Partie B de la Figure 9 )
Le système nerveux des primates, plus complexe, permettrait l'apparition du comportement érotique (intégré au niveau limbique).
( cf. Partie C de la Figure 9 )
Enfin, la très grande complexité du système nerveux humain permettrait l'émergence des capacités conceptuelles (intégrées au niveau néocortical), nécessaires et responsables de l'élaboration des représentations relatives à la "sexualité".
( cf. Partie D de la Figure 9 )
Contrôle neural du comportement de reproduction
En réalisant une méta-analyse de l'ensemble des activités de reproduction des différentes espèces animales, il semble exister une organisation physiologique et comportementale spécifique destinée à assurer la reproduction.
Mais il semble qu'au cours de l'évolution le contrôle supérieur et intégré du comportement de reproduction ait disparu.
Au cours de l'évolution, les modifications de l'organisation cérébrale auraient entraînées des changements fonctionnels importants : seules des séquences comportementales de type réflexe, partielles, isolées et non coordonnées entre elles, auraient été conservées (érection, éjaculation, poussée pelvienne, lordose, ...). Cette réorganisation fonctionnelle aurait provoqué la disparition d'un comportement de reproduction spécifique contrôlé par des structures neurales spécialisées. Néanmoins, les nouvelles capacités cognitives étendues qui sont apparues ont pu suppléer cette disparition par la capacité d'apprentissage de connaissances et/ou d'activités diverses permettant, le plus souvent de manière indirecte, la reproduction nécessaire à la perpétuation de l'espèce.
B - Niveau subjectif : Hypothèse de la "Pansexualité Potentielle"
En fonction des résultats des différentes études présentées dans les chapitres précédents, il semblerait possible de proposer une hypothèse de synthèse qui prendrait en compte toutes les caractéristiques de la sexualité humaine.
Cette hypothèse de synthèse serait celle de la "Pan-sexualité Potentielle".
Remarques
Cette hypothèse relève d'un niveau "subjectif ", car elle tente d'expliquer ce qui est appelé "sexualité" à partir et en fonction du psychisme humain, qui est fondamentalement et intrinsèquement subjectif.
Cette hypothèse serait conforme aux perceptions, aux représentations et aux croyances syncrétiques, subjectives et individuelles élaborées par le psychisme de chaque sujet. Le psychisme déforme d'une manière particulière les caractéristiques objectives et réelles de la reproduction et du comportement érotique.
Il semble nécessaire de distinguer un niveau objectif, afin de connaître ce qui existe en Réalité, et un niveau subjectif, afin de connaître les perceptions psychiques du sujet. Par rapport à l'étude de l'Homme, le niveau subjectif est tout aussi important que le niveau objectif dans la mesure où il semble, en dernière analyse, qui ce qui est vraiment important pour l'être humain soit plus son vécu psychique que la réalité du monde extérieur.
Pansexualité potentielle
L'hypothèse de la "pansexualité potentielle", qui associe les caractéristiques objectives de la reproduction et du comportement érotique avec les caractéristiques subjectives des représentations dites sexuelles, suppose que potentiellement tout peut devenir "sexuel".
Le caractère potentiel de la sexualité serait double :
– D'une part la notion subjective et culturelle de "sexualité" serait potentielle : dans un premier temps, le concept de "sexualité" n'existerait que s'il est conceptualisé comme tel ; et, ensuite, ne deviendrait "sexuel" que ce qui est nommément désigné et spécifié comme "sexuel".
– D'autre part l'activité érotique objective serait elle aussi potentielle : l'activité érotique ne se développerait et ne se diversifierait que si le milieu environnant et/ou le contexte culturel le permet.
Le caractère pan-sexuel (du grec pan, pantos signifiant "tout") de la sexualité serait également double :
– D'une part la notion subjective et culturelle de "sexualité" serait pan-sexuelle : l'être humain pourrait attribuer la caractéristique de "sexualité" à quasiment tout élément matériel ou abstrait.
– D'autre part l'activité érotique objective serait également pan-sexuelle : quasiment tout être vivant (et tout particulièrement les mammifères familiers de taille et/ou d'apparence humaine) voire des éléments matériels ou abstraits pourraient être l'objet d'activités érotiques diverses et/ou pourraient être source d'affects érotiques.
À noter que chaque personne n'est en général pas consciente de sa potentialité pansexuelle. Il semble que subjectivement chaque sujet ne puisse considérer comme "sexuel" que ce qui est aux "normes" de sa culture, de ses connaissances et de son expérience concrète.
Si l'hypothèse de la nature "pansexuelle potentielle" de la sexualité humaine est exacte, elle expliquerait la diversité des sexualités humaines observées à travers les âges et les cultures.
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