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B.3 - "Sexualité"

Dans la culture occidentale judéo-chrétienne, ce qui est appelé "sexualité" est un domaine chargé d'affects et de valeurs morales, où il est parfois difficile pour le chercheur ou le médecin de rester rigoureux et objectif (pour exemple, voir Binet 1944).

En fonction des nouvelles connaissances en neurosciences, il semblerait nécessaire de dissocier l'ancien modèle de la "sexualité" en 3 niveaux : érotique, reproducteur et conceptuel.

L'érotisme concernerait la recherche de tous les plaisirs corporels intenses, seul ou avec des partenaires ; la reproduction concernerait le coït vaginal fécondant entre un homme et une femme pubères ; les conceptualisations "sexuelles" concerneraient toutes les innombrables créations de l'imaginaire et de l'intellect humain qui sont rattachées à la notion de "sexualité".

Comportement érotique

Le comportement érotique, qui serait acquis, pourrait être défini comme étant la recherche, volontaire et consciente, des plaisirs physiques intenses provoqués par la stimulation du corps ("plaisirs somatosensoriels", Prescott 1996).

Les facteurs neurobiologiques clés à l'origine du comportement érotique seraient l'existence, dans les régions limbiques du cerveau, de structures responsables des sensations émotionnelles d'émoi érotique et de jouissance.

Les facteurs clés de l'apprentissage du comportement érotique seraient la forte influence des processus cognitifs d'association, de renforcements somatosensoriels et de conditionnement.

Figure [ 4.4-B ] : Acquisition du comportement sexuel réduit

Chez l'Homme, les facteurs génétiques, hormonaux et phéromonaux n'auraient qu'une faible influence sur le comportement érotique. Ces facteurs agissent principalement sur l'organisation anatomique des organes sexuels internes et externes, sur le développement des réflexes sexuels (érection, poussées pelviennes, éjaculation, …), et sur l'activité physiologique de l'organisme.

En raison des caractéristiques particulières du système nerveux des primates, un très grand nombre de stimulations et d'activités peuvent procurer des plaisirs physiques intenses. Potentiellement, le comportement érotique peut être très divers et très différent d'un individu à l'autre.

Reproduction

La reproduction, nécessaire à la survie de l'espèce, comprend un aspect physiologique et un aspect comportemental.

La physiologie de la reproduction correspond à la maturation des organes génitaux internes et externes. À la puberté, les primates sont physiologiquement aptes à procréer.

L'aspect comportemental correspond à l'acquisition du coït vaginal, qui nécessite un apprentissage social. En raison des contraintes morphologiques, le comportement de reproduction est stéréotypé : coït ventro-dorsal (tous les mammifères) ou coït ventro-ventral (Homme et Chimpanzé Bonobos).

À noter que chez l'Homme, il semble que la reproduction soit une conséquence, heureuse, du comportement érotique.

Représentations "sexuelles"

Les représentations "sexuelles" correspondent au regroupement, dans une catégorie définie et instituée comme "sexualité", de tous les éléments abstraits et symboliques qui ont été liés, à tort ou à raison, avec le plaisir érotique et la reproduction.

Les facteurs clés du développement des notions abstraites liées au concept de "sexualité" seraient les capacités intellectuelles élaborées du néocortex humain (processus cognitifs d'abstraction, de catégorisation, de signification, de symbolisation, ...).

Figure [ 4.4-B ] (rappel) : Acquisition du comportement sexuel réduit

Théoriquement, en fonction de la très grande capacité de l'imaginaire humain, les formes des représentations liées à ce qui est conceptualisé comme "sexualité" peuvent être quasi infinies. Pratiquement, en bonne concordance avec la théorie, on observe dans les 3.000 sociétés humaines connues que les représentations "sexuelles" (et donc les valeurs, attitudes et mœurs qui en découlent) sont extrêmement diverses.

Conclusion

En conclusion, il semblerait que ce qui est défini et institué comme "sexualité" ne dépende pas d'un "instinct", mais serait plutôt le résultat d'un apprentissage et d'une construction culturelle.

Ce qui est appelé "sexualité" regrouperait trois aspects relativement indépendants : les plaisirs du corps, la reproduction des organismes, et les créations de l'esprit.

Il semblerait que la sexualité humaine ne soit ni une hétéro-, ni une homo- ou ni même une bi-sexualité, mais plutôt une "pan-sexualité potentielle", où le comportement, les attitudes, les croyances et les valeurs sexuels de chaque personne dépendraient de leurs expériences singulières et des caractéristiques du contexte culturel.

Un élément fort de confirmation de ces hypothèses serait l'existence, historique, éthologique et ethnographique, d'une très grande diversité des comportements et des phénomènes relatifs à ce qui est appelé "sexualité", tant chez les primates que chez l'Homme (Ford & Beach 1965).

Approfondissement : cf. le livre "Sexualités Humaines" (ouvrage téléchargeable sur www.psychobiology.org)


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www.psychobiology.org